Resumo

Le propos de cette communication est de contribuer à la réflexion sur les rapports que les idéologies et les utopies (cf. Mannheim, Ricoeur, Harvey) entretiennent avec l'espace urbain. Elle concerne une tradition d'utopie locale qui, dans le contexte très républicain et assimilationniste des dernières décennies du XXe siècle en France, a favorisé l'expression publique de cultures ethniques récemment implantées à Paris. Elle s'intéresse tout d'abord à la façon dont certains quartiers relevant de ce que l'école de Chicago avait qualifié de zone de transition peuvent transmettre des « traditions utopiques » malgré les transformations radicales de l'environnement urbain. Sur ce terrain parisien, plusieurs inspirations se succèdent en quelques décennies, respectivement dominées par trois formes d'utopie - ouvrière, communautaire, puis pluriculturelle : celles-ci sont portées par des courants religieux hétérodoxes, en partie inspirés par la théologie de la libération, et néanmoins respectueux de la laïcité à la française qui prévient tous signes de distinction religieuse dans l'espace public. Cet effacement accepté semble alors compensé par des initiatives qui permettent la reconstitution des rituels urbains comme ceux du Nouvel An chinois, initiatives soutenues par une conviction, chrétienne en l'occurrence, de la nécessité d'accorder une place à l'autre, à l'étranger, au dernier arrivant dans la Cité.